L’invention de Monte-Carlo
Dès son avènement en 1856, le prince Charles III de Monaco entend donner à sa principauté les grands attributs traditionnels de la souveraineté. Il crée une décoration, l’ordre de Saint-Charles (1858), modernise le droit monégasque en publiant des codes, se dote d’un hymne et d’un pavillon national, frappe monnaie et émet des timbres-poste à son effigie. Il accroît le nombre de ses consuls à l’étranger et nomme des chargés d’affaires à Paris, à Rome ou à Madrid, qui lui permettent de passer des traités d’extradition de malfaiteurs ou de commerce et de navigation.
Sa politique économique, fondée sur la villégiature balnéaire, le tourisme d’hiver et les jeux de hasard, fait de Monaco, à l’instar d’autres ville de la riviera française, une destination prisée de l’élite aristocratique et bourgeoise européenne. En 1866, il donne son nom au nouveau quartier du casino, « Monte-Carlo », créé sur un plateau aride. Stimulée par le désenclavement du chemin de fer à partir de 1868, la fréquentation des jeux et des bains connaît une envolée, qui permet à la société concessionnaire d’assumer facilement un rôle de délégataire de services publics. Cetteréussite éclatante permet à Charles III d’abolir les impôts directs le 8 février 1869.
La grande alliance de 1861
Le 2 février 1861, un traité est signé entre Napoléon III et Charles III de Monaco. En échange de la renonciation définitive aux villes de Menton et Roquebrune, réunies à la France, le prince obtient une indemnité de quatre millions de francs et la reconnaissance de sa souveraineté.
L’accord, qui, en soldant le sort des deux villes perdues, met fin à treize ans de statu quo, réunit toutes les conditions portant en germe la prospérité nouvelle de la Principauté. Tandis que Charles III accepte d’ouvrir son territoire au passage du chemin de fer, Napoléon III promet la mise en chantier d’une route carrossable jusqu’à Monaco, augurant ainsi du désenclavement du petit territoire.
Deux articles secrets font de la France la puissance protectrice de Monaco et formalisent la fin du protectorat sarde. Ce traité est complété par des dispositions pratiques, qui, après de longues négociations, font l’objet de conventions douanières et postales particulières, signées le 9 novembre 1865.